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mercredi 3 juin 2009

Les photomontages de Yona Friedman

Cet article est publié en lien avec l'exposition Science versus Fiction à Bétonsalon


Depuis les années 60, l’architecte hongrois Yona Friedman élabore le concept de villes spatiales. Dans la même veine que les expérimentations conceptuelles d’Archigram, ses villes spatiales offrent une structure sur laquelle viennent se raccrocher des cellules d’habitat mobiles. L’infrastructure qui fournit les fluides et sur laquelle se rattachent des voies de circulation devient ainsi la base sédentaire d’un mode de vie nomade. 

Avec son bureau qui ressemble à une étagère où tout s’empile en zones organisées, l’appartement parisien de Friedman reflète son concept de ville spatiale. Si l’organisation de son mode de vie reflète ses concepts architecturaux, les moyens auxquels il a recours pour la conception de ses nouveaux projets en disent encore long sur sa pensée architectuale. 



Entre réalité et fiction, Yona Friedman utilise des photographies sur lesquels il vient redessiner. Ces photographies d’environnements existants sont la base sur laquelle il vient ajouter un possible. Coexistent alors réalité et fiction comme si la réalité engendrait elle-même sa propre fiction. Les photomontages de Friedman deviennent des extensions de la réalité et les projets qu’ils soient par la suite réalisés ou non deviennent des réalités possibles. De là découle nécessairement un autre regard sur l’architecture construite : elle reste une proposition. C’est une interaction plus forte avec le public qui reçoit toujours cette proposition architecturale sans la prendre pour acquise.

Les photomontages de Friedman ne sont donc pas un moyen plus ou moins efficace qu’un autre pour exprimer un projet car ils disent bien plus que cela. S’ils font partie intégrante de sa pratique architecturale, ils sont également inhérents à sa conception-même de l’architecture.


Cette analyse des outils utilisés par les architectes pour concevoir leurs projets a fait l’objet d’une exposition à l’Architekturzentrum de Vienne en 2008. La commissaire Elke Krasny qui avait alors présenté les environnements et méthodes de travail d’une vingtaine d’architectes internationaux parmi lesquels on comptait Alvar Aalto, Diller et Scofidio ou encore Steven Holl est invitée par le Centre de design de Montréal pour continuer ses recherches auprès des architectes canadiens  (Moshe Safdie, Atelier In Situ…). Le fruit de cette enquête ainsi qu’une partie de la précédente exposition seront présentés au printemps prochain à Montréal. 

mercredi 20 mai 2009

Catastrophe

"Un grésillement, un bourdonnement, une agression. La catastrophe c'est cette panique qui s'empare de nous face aux médias. Une angoisse latente et permanente. À travers une forêt de casques munis d'écouteurs et haut-parleurs, le visiteur s'immerge dans cette expérience cacophonique qui révèle son double rôle d'acteur et de victime."

Parce que l'emballement médiatique est plus souvent représenté visuellement, j'ai pensé qu'en tentant de l'exprimer par le son et non par l'image, mon propos serait plus efficace car moins redondant. Dans un objet ambigu, le casque aérien fait de mousse blanche auquel sont rattachés des hauts-parleurs noirs tournés vers l'extérieur, j'ai cristallisé le double rôle du téléspectateur à la fois acteur de la cacophonie orchestrée par les médias mais aussi victime. 

Le but de ce dispositif d'interaction est d'offrir une expérience différente. Le public est trop habitué au discours critique sur les images choquantes et traumatisantes que propagent les médias : il n'est plus critique lui-même et ne fait que ressasser des discours maintes fois entendus. En le confrontant à la pollution sonore arrachée à son contexte, il peut alors prendre conscience de cette accumulation de nouvelles terrifiantes qu'il subit. Aucun discours n'est associé à ce projet, je suis designer et non critique spécialisée sur les médias. Il est seulement question d'amplifier un constat, celui de la pollution sonore, pour créer une expérience singulière qui amènera ou non le visiteur a faire ses propres choix.

Les casques peuvent être adaptés à deux contextes. Dans le cadre d'une exposition en galerie, ils sont suspendus dans une forêt de casques et attendent qu'un visiteur vienne en porter un. Dès lors qu'il s'en saisit, les enregistrements se mettent en route : le premier est intérieur, c'est un son "silencieux" venu des abysses, un son de vide, un bruit blanc. Le deuxième est extérieur, le visiteur qui porte le casque ne peut pas l'entendre puisque les hauts-parleurs émettent vers l'extérieur. L'enregistrement est une accumulation crescendo de nouvelles catastrophiques. Chaque casque possède son propre enregistrement, la cacophonie naissant lorsque plusieurs casques sont portés. 

Le deuxième contexte est celui du flashmob dans lequel une foule d'individus munis des casques envahit un point donné dans la ville créant ainsi un nuage cacophonique.

Le casque porte en lui cette contradiction, il isole tout en devenant source de nuisance. Pour se protéger du bruit, le participant est amené à porter un casque et ainsi participer lui aussi à la cacophonie.



Une forêt de casques exposée le Centre de Design, Montréal




lundi 20 avril 2009

Olafur Eliasson

Olafur Eliasson travaille la perception dans les espaces qu'il imagine. Dans la vidéo qui suit, il revient sur le titre de l'exposition présentée au printemps dernier au MoMA. Le temps devient une donnée essentielle dans l'expérience vécue par le visiteur à travers et dans l'oeuvre, celle-ci n'existant que dans l'interaction avec l'individu.





Your waste of time, 2006





Remagine, 2002






double sunset, 1999


expectations, 1992

mardi 24 juillet 2007

Monumenta 2007 Anselm Kiefer

Retour sur la Monumenta d’Anselm Kiefer
Ou les traces d’une exposition sur ma carte-mémoire

Décharger les photos avant qu’elles ne se contaminent les unes aux autres.
Faire défiler et reconnaître un jus, le mien.
Trier et revivre par un écran de pixels quelques petits moments.
Les photos comme une deuxième visite par procuration
S’attendre justement à revivre les mêmes impressions, l’affichage de la photo comme un déclencheur de la mémoire.
Et puis non, cette bibliothèque, première photo de ma série Monumenta, elle est minuscule, on dirait un cadre-photo.
Frustration que de ne pas revivre ce volume. Pourquoi ?
Evidemment, il n’y a aucune échelle. Pas de petit personnage ni de silhouette.
Inclure le touriste à casquette, t-shirt rouge et short kaki, lui-même en train de prendre une photo, ce n’était pas pensable. Il ne fallait pas briser l’harmonie de gris, une harmonie sourde qui se détachait de son fond parfaitement blanc. Il ne fallait pas faire cohabiter ces deux dimensions du temps : celle du touriste pressé et celle monumentale et silencieuse de la bibliothèque. Silencieuse ? Non, la bibliothèque était tout sauf silencieuse mais l’entrechoquement de ces débris de verre et de métal (entrechoquement qui ne s’entendait qu’en regardant la bibliothèque) produisait un grondement sourd qui semblait s’élever de la bibliothèque comme une aura et s’imposait alors comme un lourd silence.


La monumentalité de l’œuvre me permettait alors de faire abstraction des autres visiteurs et je pensais rendre compte de ce sentiment en donnant l’illusion de me tenir seule face à cette bibliothèque.
Mais on ne me sent pas derrière l’objectif. J’ai pris d’autres photos au cours de l’exposition, elles sont en contre-plongée et laissent voir la voûte du Grand Palais et par cette perspective, on sent une présence, une échelle.

Or dans cette photo, la perspective en contre-plongée est trop légère, elle ne rend pas compte des dimensions. La bibliothèque devient objet et perd ainsi son caractère monumental. Ce sentiment de grandeur qui vous force à vous tenir debout, à apprécier vos propres dimensions.

Malgré tout je vous livre cette photo, ce cadre-photo au coin d’une table.

mercredi 11 avril 2007

Re-Trait

Re-Trait
du 6 mars au 13 avril 2007
à la Fondation d'Entreprise Ricard
Dessiner. C’est bien un verbe. On n’a pas de verbe pour le mot image. On confond bien trop souvent le dessin et l’image.
L’exposition Re-trait qui se tient actuellement à la Fondation d’Entreprise Ricard revient sur cette confusion en privilégiant le dessin à l’image. (il ne reste que quelques jours pour vous y rendre mais vous pouvez tout aussi bien faire un tour sur leur site pour consulter leur galerie de photos)
On juge bien trop souvent l’image dans le dessin, et par image, j’entends le résultat figé de l’action de dessiner. Une image est alors jolie ou moche, à souhait.
Le dessin est trop souvent oublié au profit de l’image alors qu’il est précisément ce qui fait que l’image est unique.
Dans l’exposition, le dessin n’est pas réalisé en vue d’une image mais il se décrit comme un chemin en revenant ainsi à son sens premier : dessin/dessein. On est donc dans un en-deçà, dans un avant l’image, dans un pendant, celui du dessin.

Le dessin est donc présenté comme une expérience, quelque chose à vivre dans une durée.
Si quelques œuvres, comme les dessins à la colle de Rainier Lericolais ou les phone drawings de Jonothan Borofsky, si ces œuvres-là appartiennent sans aucun doute au champ large du dessin contemporain, certaines se voient attribuer un sens supplémentaire en se frottant au champ du dessin.

C’est le cas de la performance de Tanaka how to draw a line on the road.
Des briques de lait dont disposées de manière linéaire et à intervalles réguliers sur une route. Une voiture passe et dessine une ligne blanche en écrasant une à une les briques de lait. La performance est restituée par deux vecteurs : la vidéo (on est alors bien face à un paysage, la ligne blanche fuyante sur la route intervient comme une oblique qui dynamise la composition de cadre) et la photo (les photos présentent la ligne blanche cadrée à l’horizontale, donc l’après-performance, nous est alors donné à voir un remake du zip barnettnewmanien version demi-écrémé). Les couleurs, les cadrages, tout relève ici d’un souci esthétique qui ne fait que mettre en valeur le geste, la performance, véritable évolution du dessin loin du crayon et de la feuille blanche.
Une autre œuvre qui si elle parle de dessin s’inscrit elle aussi dans la durée : en suivant la main droite de marylin monroe dans the misfits de Pierre Bismuth. Et pour cause, il passe par le cinéma, l’image-mouvement pour réaliser son image. Cette empreinte blanche sur noir, cette trace lumineuse, c’est l'enregistrement des mouvements de la main de Marylin Monroe dans the misfits.
Grouillement désordonné. Contraste noir/blanc. Ce sont bien les mouvements de Marylin qui sont à l’origine de ce gribouillis mais nulle trace du glamour de la Monroe.
L’image que produisent ces œuvres de Bismuth ressemble de beaucoup aux radiographies de pensée de la graphiste-typographe, Catherine Zasks. Avec ses gribouillis, elle crée un espace, une sorte de pelote qui ondulerait sur elle-même. Sont donc alors présents dans un même gribouillis, l’espace et le temps. Le dessin devient alors mouvant et totalement autonome. On n’est finalement pas très loin du stream of consciousness de W. James.
Zasks adopte la même présentation que Bismuth quant à ses radiographies de pensée : de grands caissons lumineux qui font ainsi apparaître la trace comme un négatif.
« Si le corps peut produire une trace, pourquoi pas la pensée ? » Zasks.

Tanaka et Bismuth, images provenant du site de la Fondation d'Entreprise Ricard, Zasks, image provenant du site pixelcreation


dimanche 4 mars 2007

Soulages au Nouveau Musée Fabre

Soulages au Nouveau Musée Fabre
à Montpellier

Je suis entrée dans l’un des plus beaux musées d’Europe. (spéciale dédicace à MC Georges Frêche, ouais gros)


Après 4 ans de fermeture pour cause de travaux de rénovation, le Musée Fabre de Montpellier rouvre ses portes. Majoritairement peinture et un peu sculpture, les œuvres présentées vont de la Renaissance à nos jours. L’exposition permanente s’organise autour de moments forts dus aux diverses donations ; il y a bien sûr une importante collection de peinture de Fabre lui-même, une salle Cabanel, de nombreux portraits d’Alfred Bruyas par Courbet et ses confrères (donation Bruyas) et un nombre important de peintures de Soulages, ce dernier étant très attaché à la ville de Montpellier. Si l’on s’attache à une présentation chronologique, on peut regretter de nombreux absents mais cette attitude va à l’encontre de l’acceptation de l’identité du Musée Fabre. Le Musée Fabre donc, avec ses partis pris, et non pas un musée de plus qui aurait élu domicile au hasard à Montpellier.

Je ne sais pas vraiment comment on a réussi à se perdre dans le musée. Enfin à se perdre, non, mais à perdre le fil chronologique. C’est souvent le cas quand on a une distribution des pièces qui offre trop de choix à la poursuite de la visite. Des pièces en enfilades s’ouvrent sur le couloir, mais il y a aussi des demi-niveaux « on l’a déjà faite cette salle-là ? ».

Bref, avec quand même quelques repères en tête (les Soulages, c’est en haut), j’emprunte un petit escalier coincé entre le mur surface de verre et un autre mur. Arrivée en haut, je contourne le mur et l’espace aéré de la pièce se donne à voir.
Ca y est, les Soulages. Grands, très très grands. J’ai l’impression qu’avec mon petit escalier, je n’ai pas été bien préparée à les voir. Un petit banc, je m’assieds. Ce que j’attendais, ce que je voulais ressentir devant ces Soulages, c’est là mais c’est tellement loin, je l’aperçois seulement sans vraiment pouvoir l’atteindre. Je me concentre mais l’émotion ne me semble être qu’un résidu de ce que j’ai déjà pu éprouver devant un Soulages. Et ceux-ci sont tellement grands. Pas vraiment de fluidité, ni d’hypnose. Ma rencontre est manquée. Parcours à l’envers.




On quitte la salle pour retrouver d’autres Soulages, plus petits, et d’autres encore. 32 Soulages au Musée Fabre. Dans les derniers, il me semble que l’émotion se rapproche et non pas parce que j’ai déjà pu voir d’autres Soulages mais parce que leur format est plus accessible. Je sais me placer devant eux, la salle n’a pas de dimensions démesurées, les tableaux sont à échelle humaine.

Si je savais déjà que la perception d’une œuvre dépendait énormément de sa présentation, j’étais moins consciente du parcours qui pouvait nous amener à percevoir une œuvre. Le parcours à l’envers que j’ai fait m’a fait manquer ma rencontre avec les grands Soulages, je n’étais pas préparée à cet espace qui s’est livré à moi sans suspense de but en blanc. Les grands Soulages, c’était trop. Je m’imagine faire le parcours à l’endroit et l’évolution fluide qui m’amènerait à cette dernière et grande salle, et là, émerveillement de l’espace, des œuvres. La prochaine fois.
Puis redescendre donc par l’escalier principal.

mardi 27 février 2007

Tàpies


Les affiches de Tàpies et la sphère publique
Du 21 décembre au 25 février 2007
à la Fondation Tàpies, Barcelone




La Fondation Tàpies, à Barcelone, c’était à ne surtout pas manquer. Il fallait absolument y aller, coûte que coûte, vaille que vaille.
Un coup d’œil sur le guide des expos temporaires : Tàpies’posters and the public sphere ou si vous préférez : els cartells de tapiès i l’esfera pùblica. Mouais. Des posters, quoi. Déçue, déçue… M’enfin il y aura toujours la collection permanente pour encore constater du pouvoir fascinant des « murs » de Tàpies. C’est donc avec un peu de réticence que j’entre dans la fondation Tàpies, réticence parfaitement dissimulée, cela va sans dire sans quoi j’aurais pu me retrouver à faire l’expo en solo…

Les œuvres de la collection permanente se comptent sur le bout des doigts, 2-3 beaux grands murs, des sculptures et des peintures surréalistes très empreintes de l’influence de Miro. L’équilibre est de rigueur.


Maintenant, allons voir les posters… D’ailleurs, plutôt que posters je préfèrerais affiches parce que « posters » a ceci de plat parce que trop lié à l’industrie commerciale quand « affiches » est plus vindicatif. La matière que j’aime dans les murs de Tàpies, je la retrouve ici dans l’épaisseur de ses traits, dans la vitesse de ses gestes enregistrés dans la peinture, dans les nuances colorées. Même dans les affiches les plus minimalistes, la couleur du papier est pensée, le papier perd donc sa neutralité et accède au statut d’objet et c’est là aussi qu’on peut voir le pont avec ses grandes peintures.


On n’est pas encore dans l’art graphique comme pure expression de l’artiste. L’affiche dit quelque chose, elle signifie et livre
un message.





Comme c’est suggéré dans le titre de l’expo, deux types d’affiches sont présentées : Celles annonçant les nombreuses expositions personnelles de Tàpies et les affiches commandées dans le cadre de campagnes sociales. Dans les premières, sont donc confrontées les œuvres de Tàpies aux informations relatives à l’exposition. S’opère alors un dialogue entre les deux et dans lequel ladite œuvre reproduite n’intervient pas seulement comme une illustration. Pour comprendre la spécificité de ces affiches, pensez à n’importe quelle autre affiche annonçant une exposition monographique : l’image, que ce soit une reproduction d’œuvre, ou bien un mix d’œuvres est souvent conçue comme le fond de l’affiche, le support en quelque sorte et les mots, l’information vient se surajouter dans un parfait copier-coller. Il y a donc deux temps dans l’affiche : l’œuvre finie (image) et le regard sur l’œuvre (texte). Cette information sur l’affiche oriente par son message le visiteur.


Dans les affiches de Tàpies, l’image, c’est l’affiche toute entière, elle n’est pas seulement fond. On ne retrouve pas l’arrêt du temps que constitue le copier-coller « image puis information ». L’information qui intervient dans les affiches de Tàpies est dans la continuité de ses œuvres. Les œuvres de Tàpies sont ouvertes et il conserve cette ouverture lorsqu’il réalise ses affiches. Le texte informatif ne vient pas combler un vide sur le papier, il joue avec l’image pré-existante pour créer une nouvelle image.

Le fait que nombre des expositions soient présentées dans des galeries facilite ce dialogue plus immédiat. Le rapport que Tàpies entretient avec l’empreinte, la trace aussi bien dans ses larges gestes picturaux que dans ses mot griffonés se trouve enrichit de cette confrontation typographique que permet l’affiche.


Dans certaines affiches commandées par des organismes sociaux, il arrive même que les seuls mots de l’affiche soient écrits de la main de Tàpies. Aucun texte tapé à la machine ne vient compléter l’affiche. La force contenue dans ces œuvres va au-delà de la lisibilité, elle dit. Sans sous-titre, sans légende.

Dans ces affiches-là, c’est la capacité de Tàpies d’aller à l’essentiel qui est convoquée, ses gestes se font signes.

photos issues du catalogue

dimanche 21 janvier 2007

Martial Cherrier


Martial Cherrier
Fly or Die
Du 10 janvier au 4 mars 2007
A la Maison Européenne de la Photographie




Mathew Barney, lui aussi a été bodybuilder. Et son passé de culturiste donne quelques clés pour comprendre l’esthétique si particulière et dérangeante de ses œuvres. Mathew Barney, Martial Cherrier, body builders et plasticiens. Mais oui, normal. Référence au body art et même à l’art charnel d’Orlan parce que Cherrier passe lui aussi par la chirurgie esthétique, étape ultime de la gonflette. Martial Cherrier, donc, reflet de notre société actuelle qui prône le culte du corps. Tout s’enchaîne, c’est si logique.

M’enfin, non. Il y a quelque chose de nouveau chez Cherrier qui m’intrigue, quelque chose qui va au-delà de l’ambiguïté sexuelle de Barney, qui me semble plus frais et pas seulement parce que les moyens plastiques mis en œuvre sont plus sobres. Et puis non, on est loin d’Orlan, mamie ringarde aux pommettes frontales en bombe à eau.De ce que l’on peut voir dans cette petite exposition consacrée à Cherrier à la MEP, je passe donc rapidement sur les premières vidéos : injection de drogue dans d’énormes biceps, pilules tutti frutti pour devenir musclor s’enchaînent dans un montage accéléré. Et là je veux bien y voir une référence au body art. Sculpter son corps, devenir sculpture, le corps scientifique… voilà le discours, passons.



Au fond, dans la petite salle après la cafeteria, elles sont là, ces boîtes dans lesquelles Cherrier a épinglé des photos de lui superposées sur des ailes de papillons. Cherrier est musculeux et huilés, il prend la pose, les papillons sont grands et colorés, le tout est présenté à hauteur d’yeux comme dans un museum d’histoire naturelle. Il y a d’emblée quelque chose qui m’attire dans la petitesse qu’a ce corps certes fort, bronzé et huilé, quelque chose de ridicule. Un humour léger, presque, presque de la poésie. A ne pas manquer ce montage photo : vous connaissez bien ces poses qui visent à faire ressortir la musculature : les muscles des bars contractés au-devant du buste, les poings serrés et les pectoraux qui clignotent par tant de tension puis les bras les bras levés, coudes repliés les poings derrière la tête ; ces deux poses épinglées avec des ailes de papillon s’enchaînent et miment ainsi l’envol du papillon.
Comment plastiquement associer deux pratiques ringardes : le culturisme et la papillonophilie (quel est le mot exact?) pour donner un sens nouveau ?




Il y a bien sûr cette idée de la métamorphose qui va au-delà de l’opposition que l’on pourrait faire entre la fragilité du papillon et la force gonflée du bodybuilder.
Là où Barney me fait peur parce que c’est simplement trop, Cherrier m’intrigue parce qu’il semble vivre sur la même planète que moi, que j’aime sa manière de penser. Champion de France de bodybuilding en 1997, c’est la date la plus récente qui nous est donnée concernant son activité culturiste. Est-ce qu’il l’est toujours ? A-t-il toujours été plasticien et bodybuilder ? Cette pensée m’intrigue alors que dans un autre cas, elle aurait tout aussi bien pu me dégoûter. Le bodybuilding est une pratique bien éloignée du monde intellectuel de l’art et Cherrier ne semble pas avoir choisi cette activité par provocation intellectuelle. Il ne vit pas en spectateur de son corps, sculpture artistique, il l’est. Martial Cherrier, ce n’est pas du vent et ce n’est pas non plus un fou.

photos provenant du site de la mep

vendredi 5 janvier 2007

Du phénomène de la bibliothèque

Du phénomène de la bibiothèque
de Joseph Kosuth
du 27 oct au 23 dec 2006
Galerie Almine Rech, Paris



Book Cell
de Matej Krén
du 19 juil au 31 dec 2006
CAMJAP, Lisbonne








Chercher des yeux…à tâtons… La tête de travers, déchiffrer les tranches… Rebondir d’un titre sur l’autre, soulever quelques piles, et retrouver des trésors perdus derrière lesdites piles. Puis piocher, au hasard. L’ouvrir, faire défiler ses pages, le renifler, en lire quelques lignes.
Une bibliothèque. Post-its, marque-pages, annotations et croquis au crayon les jours de prudence mais parfois au stylo et même au surligneur fluo …marques d’appropriation qui peuvent en dire long sur leur lectrice (c’est peut-être pour ça qu’elle garde jalousement ses livres, who knows ?).



Les deux expositions qui m’ont amenée à faire cette petite digression sont malheureusement terminées. La première, du phénomène de la bibliothèque était une installation de Joseph Kosuth (40 ans d’art conceptuel à son actif le Joseph) à la galerie Almine Rech. Etaient présentés sur les murs de la galerie, des panneaux de verre sur lesquels étaient imprimées des photos de bibliothèque auxquelles étaient adjointes des citations de célèbres écrivains. Pour accéder aux-dits panneaux, le visiteur déambulait le long d’un passage laissé libre par des par-terres recouverts de livre, ceux-ci fournissant donc le contexte « bibliothèque » aux œuvres sur panneau.

La deuxième, Book Cell de Matej Krén est encore une installation mais cette fois-ci à Lisbonne dans le Hall du CAMJAP (Centre d’art moderne de la fondation Calouste Gulbenkian). Sur un plan hexagonal, sont empilés des livres à l’horizontal de manière à former une cellule close sur elle-même. Le visiteur est invité à pénétrer à l’intérieur de la-dite cellule et à la traverser en suivant un passage lumineux. Cette bande que constitue le passage divise le plan de la cellule en deux. De part et d’autre de cette bande, des miroirs réfléchissent à l’infini les tranches colorées des livres empilés non sans provoquer un certain vertige.


L’une est grise (comme la matière, en référence à la précédente exposition de Kosuth chez Almine Rech, celle où j’avais été surprise par une œuvre de Tino Seghal), l’autre est colorée (constituée des ouvrages édités par le CAMJAP depuis 50 ans, ils seront d’ailleurs remis en vente après démontage de l’installation). Pouin pouin pouin, ce serait tentant de continuer de comparer point par point ces deux installations mais sûrement rébarbatif pour le lecteur qui n’en aurait pas fait l’expérience. Inutile aussi de refaire une analyse de Kosuth et de la désignation de l’art, tout a déjà été dit et je ne comptais pas parler de l’expo chez Almine Rech avant d’avoir vu Book Cell à Lisbonne . Car si l’on comprend très bien en suivant le cheminement de Kosuth comment il peut en arriver à utiliser le livre comme matériau, lui qui joue avec la matière du langage, il semble que cet aspect linguistique de son travail se rencontre avec quelque chose de plus général qui me semble être dans l’air du temps, et ce, justement en regard de l’installation de Krén : la bibliothèque (à moins que ce ne soit qu’une obsession personnelle grandissante…).

Une bibliothèque a ceci d’impressionnant qu’elle contient en très peu de place un temps infini de mots. C’est le point de départ d’un grand nombre de voyage. Les livres s’additionnent, s’empilent un à un mais leur contenu est exponentiel (effet accentué par les miroirs dans l’installation de Krén). Chaque livre marque une rencontre avec son lecteur, rencontre parfois idéalisée, parfois manquée. Quel doux vertige que le choix d’un livre face à une bibliothèque ! Chaque livre représente un possible et leur mise à égalité sur l’étagère prodigue une certaine liberté.

Les livres de Book Cell étaient trop bien empilés pour qu’on ait pu en retirer un seul sans tout faire tomber, j’ai même pensé qu’ils étaient collés mais hypothèse a priori impossible étant donné qu’ils seront remis à la vente par la suite. Mais ceux du phénomène de la bibliothèque étaient simplement étalés par-terre sans colle… je n’ai malheureusement pas été chiche d’en prendre un même si après réflexion, je ne pense pas que cela aurait enlevé beaucoup à l’œuvre (non pas le fait que moi, juste moi, je prenne un bouquin en le cachant sous mon manteau mais plutôt que les livres soient disposés à cet effet) étant donné qu’ils semblaient presque tous être d’occasion et vu le nombre de doubles, je doute fort qu’ils aient appartenus à une bibliothèque particulière. Bref tant pis…

du phénomène de la bibliothèque, photo provenant du site de paris art, courtesy galerie almine rech

book cell, photos personnelles

dimanche 17 décembre 2006

5 milliards d'années

5 milliards d'années
Une seconde une année
De septembre à décembre 2006
Au Palais de Tokyo

Aller au palais de tokyo un dimanche après-midi.
Arriver juste au moment où l’on remballe l’atelier tok-tok. Les enfants courent encore partout.
Arrêter de se la péter genre moi, tu sais l’art contemporain, ça me connaît, et juste kiffer.
Parcourir l’exposition en rebondissant d’une œuvre à une autre, comme toujours happée par la suivante. Prendre tout au premier degré parce que des fois, il faut que l’esprit se repose. Inutile de culpabiliser pour avoir trop souvent zapper devant les frères Bogdanov. Se dire qu’après tout, je n’ai pas envie de réviser les théories sur le big bang avant d’aller voir une expo.
5 milliards d’années, oui, mais aussi peut-être seulement moi (nous), là, maintenant, ici.


Un Michel Blazy très chevelu et très jaune nous accueille. On aimerait s’y glisser comme dans un lavauto. Une sorte de peluche géante sur pattes.





Un peu plus loin, dans une salle sombre clignotante à cause d’une de ses œuvres trop conceptuelles pour ma visite premier degré, un petit chimpanzé. Le même que chez Omo. Debout, les bras en avant dans une position entre le somnambulisme et le darwinisme, il est terriblement intrigant. J’ai dit Darwinisme ? Non, non, restons premier degré.












Un souffle malade se fait entendre. Inspiration-expiration. Court, presque haletant et terriblement angoissant. Ceci ajouté à une lumière violette qui s’allume et s’éteint au rythme du-dit souffle. Soudain, plus rien. J’attends. Soudain, un petit gars pas plus haut que notre omo darwinien lâche un cri perçant comme seul ceux qui ont en dessous de 8 ans peuvent le faire (c’est un âge approximatif que je donne là, hein, ne vous en faîtes pas si votre enfant ne correspond pas à cette statistique). Et là, le souffle se remet en marche. Mais oui, c’est écrit, là, hurlez aussi fort que vous pouvez. Impossible de sortir un son de ma bouche, j’ai 2 fois et demie 8 ans. Je reste alors spectatrice et auditrice amusée de ces deux gamins qui hurlent gaiement chacun leur tour.


Et heureusement qu’ils sont là, un peu plus loin, ils participent encore à l’œuvre. Un autre petit bonhomme est face au mur, mais cette fois-ci, c’est un faux, une sculpture si vous préférez. Nos deux vrais petits garçons titillent le faux, lui tapent sur l’épaule. Certains visiteurs, de loin, les trouvent bien dissipés, non, vraiment, il faut tenir son gosse quand on va au musée. Bam bam bam bam. Un des trois enfants vient de se taper la tête contre le mur, bien fort. Vous en faîtes pas, c’était le faux, la sculpture (j’espère que vous suivez). Comme ça, de temps en temps, le mécanisme se met donc en marche et fait peur à tous les visiteurs bienveillants.




On en arrive à mon œuvre préférée. C’est une installation dans une petite salle. Elle s’appelle flying tape. 8 ventilateurs sont regroupés au centre et renvoient de l’air au quatre coin de la pièce. Une fine bande de film se balance, ondule sur le souffle des ventilateurs. La bande est nouée de manière à former un cercle. Elle ne tombe jamais, elle danse et circonscrit un espace d’air dans lequel on entre et on sort avec légèreté. Si vous achetez le nouveau magazine Palais, vous y trouverez un article qui traite de flying tape de manière scientifique. Une œuvre est toujours plus forte lorsqu’elle possède différents niveaux de lecture. Oubliant un peu mon premier degré de rigueur, j’ai choisi une interprétation poétique de flying tape.


Rester un moment, sourire niaisement, parce que si on ne peut plus hurler, on peut encore sourire niaisement. Esquisser quelques pas de danses maladroits se voulant des plus légers. Oui, voilà.



jeudi 2 novembre 2006

La Fabrica



La Fabrica, les yeux ouverts

du 6 octobre au 13 novembre 2006

Au Centre Pompidou


Il est de ces expositions où l’on va de rebondissements en rebondissements. Il est de ces expositions où ce qui est présenté est difficilement définissable. Il est de ces expositions où la visiteuse que je suis s’amuse comme une petite folle.

Welcome to la Fabrica*
*Bienvenue à la Fabrica




Vue du dessus, l’exposition semble être organisée en un joyeux bordel, caractéristique d’une émulsion artistique, d’une énergie créatrice. Vue de l’intérieur, idem. Pourquoi ? Parce que les projets partent dans tous les sens, de la communication visuelle à l’humanitaire en passant par la vidéo, parce que les modes de présentation différent les uns des autres et créent ainsi des rebondissements tant dans la découverte de chaque projet par le visiteur que par la dynamique qui se crée de par leur présentation différente.

La Fabrica reprend le principe de la factory warholienne et accueille en son sein (sorte de petit paradis à Trévise, Italie dont l’architecture a été conçue par Tadao Ando) toutes nationalités, toutes pratiques si elles s’avèrent être intéressantes. A l’initiative d’Olivero Toscani ex-boss de Benetton, il paraît que le Fabrica bat de l’aile, que ce n’est plus ce que c’était. Il paraît. M’en fiche.

Trop peu de visiteurs ose s’aventurer vers le guichet d’audio-guidage nouvelle génération. C’est pourtant dommage. Avec un casque et un écran tactile machin-chose, on se ballade dans l’expo et des vidéos se déclenchent grâce à des capteurs spatiaux en fonction du projet devant lequel on se situe. Oui, c’est moderne. Et ce n’est pas fini, notre parcours est enregistré par lesdits capteurs et ainsi répertorié dans des statistiques auxquelles on a a priori accès. J’ai cherché, je n’ai pas trouvé. Au-delà de l’aspect Big Brother, c’est terriblement amusant. Il ne faut d’ailleurs pas trop chercher de recul ou autre distance critique dans les projets présentés même s’ils dénotent assez souvent d’un certain engagement. On se rappelle les campagnes publicitaires coup de poing de Benetton, la force d’engagement prend finalement le pas sur le regard critique qui en était l’origine.


Et ce qui fait la force de la Fabrica, c’est justement cette énergie. Tous les projets mis bout à bout donnent un éventail des possibilités mais ne recherchent pas le regard critique. C’est un laboratoire d’idées. La Fabrica s’adresse au citoyen lambda. Elle ne vise pas un discours trop intellectuel ou inaccessible.

Les rebondissements permettent de ne pas trop s’appesantir sur chaque projet et d’aller d’émerveillement en émerveillement.

Oui, la Fabrica s’engage pour des causes justes mais vous irez voir l’exposition pour vous amuser.

Et peut-être que comme moi, vous vous rendrez compte en remontant les escaliers, de leur côté rouge bien sûr, que c’était de là que venait cette petite musique. Monter, redescendre puis remonter les escaliers qui se sont transformés en xylophone géant. Et tout ça, sous les yeux de quelques visiteurs qui jettent un dernier coup d’œil au grand terrain de jeux que représente l’expo, « tiens, elle a compris ».

Une fois de plus, il faut bien que je modère mon enthousiasme car je sens bien que la Fabrica est une de ces expositions qui ne plaisent qu’aux étudiants en art et/ou design parce qu’elle met plus en avant l’idée de projet par le foisonnement qu’elle crée que l’idée de réalisation aboutie. La Fabrica ouvre le monde des possibilités.

Il semble que Blogger ne veuille pas modifier cette mise en page et préfère nous laisser ce "la" seul en haut à droite. Mille excuses, je n'arrive pas à lui faire entendre raison.

mardi 22 août 2006

Habiter l'art





















Art au quotidien
Habiter l’art
Du 3 juillet 2006 au 7 janvier 2007
A l’espace de l’art concret
A Mouans-Sartoux (06)


Habiter l’art… autant dire que le sous-titre de l’expo ne pouvait être plus évocateur. Mais je me demandais comment on pouvait habiter l’art ? Je savais bien qu’on pouvait en être habité mais… Et comment peut-on vivre l’art au quotidien, l’art est-il art s’il est vécu au quotidien, s’il perd son exception, sa rareté ? Son aura n’est-elle pas annulée par trop de regards habitués, oserais-je dire blasés ?

Mais l’exposition présentée à l’espace de l’art concret ne porte pas que sur l’art. Il y est aussi question de design ce qui justifie l’emploi des termes « habiter » et « quotidien » . Le principe est simple : Ruggero Tropeano, commissaire et scénographe a puisé des œuvres d’art dans la collection d’art concret de Sybil Albers et Gottfried Honegger (à l’initiative de la création de l’espace de l’art concret) et les a ensuite intégrées au côté de pièces de design mobilier provenant de différents fonds aux pièces à vivre reconstituées. Ainsi, on retrouve des sérigraphies d’Agnes Martin dans la cuisine non loin d’une highchair de droog design.

On pourrait penser que l’œuvre d’art est ainsi déssacralisée car elle ne bénéficie plus de la distance qui lui est offerte dans nos musées ou galeries. Elle est contextualisée, accrochée sur le mur blanc du séjour, comme si elle ne pouvait plus s’étendre à l’infini. Elle a terminé son chemin, le clou est planté, c’est ici qu’elle atterrit. L’œuvre n’est plus ce monde de possibilités. Et pourtant ce serait se méprendre sur la pensée de Honegger et Albers qui ont largement contribué à théoriser l’art concret. L’œuvre ne prétend pas tant à sa propre sacralisation en art concret. L’art concret s’énonce comme une philosophie sinon une utopie dont l’unique œuvre n’est pas l’aboutissement. A ce titre, l’art concret revendique ne pas apposer de hiérarchie entre les beaux-arts et les arts appliqués. L’art concret aspire à être un art total. Et c’est pourquoi on ne doit pas non plus considérer les pièces de design mobilier présentées comme des possibles œuvres d’art. La présence conjointe d’œuvres d’art et de pièces de design n’élève ni la design au rang d’art et ne rabaisse pas l’art à une pâle fonction de décoration.

Fort bien, fort bien. Alors, allons-y, habitons l’art… Mais faîtes attention tout de même. Non, pas de photo avec flash, non, et puis, vous êtes dans un espace d’exposition, donc, ne vous asseyez pas, non, même sur les tabourets Starck pour regarder la selection de vidéos de la section appelée « communication » (Buster Keaton, Jacques Tati, Roger Vadim…) , non, vous voyez, c’est mieux si vous ne touchez rien. Gloups. Alors je me retrouve finalement à déambuler entre les pièces : la cuisine, le séjour, la chambre à coucher, la salle de bains, mais aussi le commerce, la communication, le travail, l’éducation, les loisirs et le temps libre. Avec mon petit fascicule à la main pour voir à quoi correspondent les numéros. C’est un exercice un peu fatiguant mais qui est au service de la scénographie : absence de cartels. Et pourtant, je me sens bien loin de la réalité. Qui peut bien penser que quelqu’un s’est assis sur ce fauteuil, a mangé sur cette table ? L’atmosphère est vide et le visiteur se sent tel un fantôme. Tout est figé, il n’y a donc pas de place pour l’anecdotique du quotidien. Je n’ai pas le sentiment de vivre l’expérience à laquelle je m’étais préparée.

Je suis restée sur ma faim, le parti pris de l’exposition est tellement prometteur mais souffre des dures lois d’exposition dont il n’a pas pu/su faire fi. Mais je me dis que c’est possible après tout. La galerie Antonia Jannone l’a fait lors du dernier salon du design à Milan en invitant le visiteur à pénétrer dans un appartement momentanément déserté par un supposé propriétaire. L’appartement était présenté tel quel avec des miettes renversées sur le mobilier design, des vêtements étalés sur les fauteuils… Quelle expérience!

pour l'instant impossible de publier d'autres photos de l'expo

samedi 29 juillet 2006

New York New York


New york New york
Cinquante ans d’Art, Architecture, Cinéma, Performance, Photographie et Vidéo
Au Grimaldi Forum
A Monaco

« Star spreading the news, I’m leaving today, I wanna be a part of it, in old New York (…) If I can make it there, I’ll make it anywhere, it’s up to you, New York, New York!» (parce que vous savez que je l’aime cette chanson)

Après la grande exposition Super Warhol organisée en 2003, Monaco, la ville où mêmes les mamies font leur marché en robe de soirée, remet le couvert et accueille cet été pas moins de cinquante ans d’art à New York . Vaste programme.


Après la deuxième guerre mondiale, New York accueille en son sein les avant-gardes artistiques et devient capitale artistique mondiale supplantant ainsi Paris. L’exposition présente ces cinquante ans (plutôt soixante en réalité) de manière chronologique en respectant les mouvements: on y voit donc de l’action painting, de l’expressionisme abstrait, du pop art, du minimalisme et de l’art conceptuel. La présentation des 25 dernières années s’avère plus subjective à cause des fortes individualités artistiques.

La grande force de cette exposition est de présenter des œuvres très représentatives de chaque artiste. Ainsi, on peut voir entre autres la Marylin sur fond rouge de Warhol, le Monument 12 for V. Tatlin de Dan Flavin, la petite fille qui pleure de Diane Arbus, le I shop therefore I am de Barbara Kruger, le Zydeco de Basquiat… La liste est non-exhaustive. Aussi, vous n’avez pas cette frustation de reconnaître l’artiste tout en pensant que vous auriez souhaité voir une autre de ses œuvres. Il n’y a pas cette rencontre manquée.

Je suis restée longuement devant les deux Rothko présentés en vis-à-vis avec une grande toile de Morris Louis qui n’est malheureusement pas reproduite dans le catalogue.
J’ai beaucoup tourné autour d’un grand monochrome noir de Ad Reinhardt, pas si monochrome que ça et terriblement iradiant avec ces reflets bleux par endroits notamment sur la tranche.
J’ai fait des allers-retours entre les salles toutes les deux minutes pour ne pas louper la vidéo de Hans Namuth sur Pollock at work. Et encore arrivée au mauvais moment, j’ai du faire la même chose pour voir walking on walls de Trisha Brown.
Je n’ai pas osé marcher sur les tin square de Carl Andre alors qu’à Beaubourg, j’ai même pas peur mais à Monaco, tout est tellement différent.
J’ai eu mal aux yeux devant l’installation de Nam June Paik et celle de Sol Lewitt.
Je me suis amusée sur le juke-box remasterisé de Laurie Anderson, on m’a dit que j’avais le droit.
Je me les suis gelées dans la salle de Matthew Barney dans laquelle est présentée le cabinet du docteur Houdini et n’ai donc pas pu rester regarder le Cremaster 2.
J’ai observé les réactions d’un groupe de mamies monégasques devant les huit chiots String of puppies de Jeff Koons.
J’ai mangé un bonbon bleu de Felix Gonzales-Torres. Ben oui, ils sont pas spécialement bons ces bonbons mais je peux pas résister d’en gober un. Nicolas Bourriaud, si tu lis cet article, je sais, je sais, l’esthétique relationnelle!
Et à la fin, il y avait mon chouchou, John Currin avec ses femmes si allongées.


Je suis ressortie plutôt contente de cette exposition. Je ne pensais pas voir tant d’œuvres importantes. Les salles sont grandes et il y a peu de monde mais il fait peut-être un peu beaucoup très froid.
Ce qu’on peut malgré tout reprocher à cette exposition c’est le manque de parti pris, parce qu’avouez que ce n’est pas très risqué de présenter de l’art new yorkais mais on peut dire que c’est largement contrebalancé par le fait que les nombreuses œuvres sont de qualité. Oui, l’expo a du coûter une petite fortune, mais on est à Monaco, ne l’oubliez pas.
La scénographie est banale, « basée sur le plan en quadrillage de la Big Apple », banale quoi, mais, encore une fois, ce n’est pas très gênant.

En revanche, la communication est quasi inexistante, l’affiche elle-même est très minimaliste avec son dripping noir. C’est sûr que de cette manière, on évite l’aspect fourre-tout qu’aurait pu avoir ce bilan artistique mais, si on la retrouve dans les textes du catalogue, l’identité new yorkaise n’est pas apparente, elle n’est pas revendiquée. En regard, on peut penser à la récente exposition de Los Angeles à Beaubourg. L’exposition du Grimaldi Forum n’a pas cette âme mais la raison vient peut-être des artistes new yorkais eux-mêmes.
Bien que l’inventaire soit très exhaustif, on a le sentiment que l’exposition n’est qu’une occasion de voir de très grandes œuvres. Mais c’est une très belle occasion!