mardi 22 août 2006

Habiter l'art





















Art au quotidien
Habiter l’art
Du 3 juillet 2006 au 7 janvier 2007
A l’espace de l’art concret
A Mouans-Sartoux (06)


Habiter l’art… autant dire que le sous-titre de l’expo ne pouvait être plus évocateur. Mais je me demandais comment on pouvait habiter l’art ? Je savais bien qu’on pouvait en être habité mais… Et comment peut-on vivre l’art au quotidien, l’art est-il art s’il est vécu au quotidien, s’il perd son exception, sa rareté ? Son aura n’est-elle pas annulée par trop de regards habitués, oserais-je dire blasés ?

Mais l’exposition présentée à l’espace de l’art concret ne porte pas que sur l’art. Il y est aussi question de design ce qui justifie l’emploi des termes « habiter » et « quotidien » . Le principe est simple : Ruggero Tropeano, commissaire et scénographe a puisé des œuvres d’art dans la collection d’art concret de Sybil Albers et Gottfried Honegger (à l’initiative de la création de l’espace de l’art concret) et les a ensuite intégrées au côté de pièces de design mobilier provenant de différents fonds aux pièces à vivre reconstituées. Ainsi, on retrouve des sérigraphies d’Agnes Martin dans la cuisine non loin d’une highchair de droog design.

On pourrait penser que l’œuvre d’art est ainsi déssacralisée car elle ne bénéficie plus de la distance qui lui est offerte dans nos musées ou galeries. Elle est contextualisée, accrochée sur le mur blanc du séjour, comme si elle ne pouvait plus s’étendre à l’infini. Elle a terminé son chemin, le clou est planté, c’est ici qu’elle atterrit. L’œuvre n’est plus ce monde de possibilités. Et pourtant ce serait se méprendre sur la pensée de Honegger et Albers qui ont largement contribué à théoriser l’art concret. L’œuvre ne prétend pas tant à sa propre sacralisation en art concret. L’art concret s’énonce comme une philosophie sinon une utopie dont l’unique œuvre n’est pas l’aboutissement. A ce titre, l’art concret revendique ne pas apposer de hiérarchie entre les beaux-arts et les arts appliqués. L’art concret aspire à être un art total. Et c’est pourquoi on ne doit pas non plus considérer les pièces de design mobilier présentées comme des possibles œuvres d’art. La présence conjointe d’œuvres d’art et de pièces de design n’élève ni la design au rang d’art et ne rabaisse pas l’art à une pâle fonction de décoration.

Fort bien, fort bien. Alors, allons-y, habitons l’art… Mais faîtes attention tout de même. Non, pas de photo avec flash, non, et puis, vous êtes dans un espace d’exposition, donc, ne vous asseyez pas, non, même sur les tabourets Starck pour regarder la selection de vidéos de la section appelée « communication » (Buster Keaton, Jacques Tati, Roger Vadim…) , non, vous voyez, c’est mieux si vous ne touchez rien. Gloups. Alors je me retrouve finalement à déambuler entre les pièces : la cuisine, le séjour, la chambre à coucher, la salle de bains, mais aussi le commerce, la communication, le travail, l’éducation, les loisirs et le temps libre. Avec mon petit fascicule à la main pour voir à quoi correspondent les numéros. C’est un exercice un peu fatiguant mais qui est au service de la scénographie : absence de cartels. Et pourtant, je me sens bien loin de la réalité. Qui peut bien penser que quelqu’un s’est assis sur ce fauteuil, a mangé sur cette table ? L’atmosphère est vide et le visiteur se sent tel un fantôme. Tout est figé, il n’y a donc pas de place pour l’anecdotique du quotidien. Je n’ai pas le sentiment de vivre l’expérience à laquelle je m’étais préparée.

Je suis restée sur ma faim, le parti pris de l’exposition est tellement prometteur mais souffre des dures lois d’exposition dont il n’a pas pu/su faire fi. Mais je me dis que c’est possible après tout. La galerie Antonia Jannone l’a fait lors du dernier salon du design à Milan en invitant le visiteur à pénétrer dans un appartement momentanément déserté par un supposé propriétaire. L’appartement était présenté tel quel avec des miettes renversées sur le mobilier design, des vêtements étalés sur les fauteuils… Quelle expérience!

pour l'instant impossible de publier d'autres photos de l'expo

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Habiter l'art, c'est comme le consommer, le manger pour se nourrir. Cela me rappelle les oeuvres en pain que l'on pouvait acheter et manger.
Je suis d'accord pour dire qu'une telle expo aurait pu faire comme si les pieces étaient habitées, cela aurait ajouter à la crédibilité des réalisations.
Bisous

pixelités a dit…

j'aime bien ce principe de poser quelque chose de cette façon sur un mur... :)

claire a dit…

anonyme ;-) :
Tout à fait d'accord avec toi. Il y avait eu il y a quelques temps cette exposition à la fondation Cartier, "pain Gaultier" qui exposait les oeuvres en pain du célèbre styliste. Très inventif.

Pixélités:
quelques précisions sur l'oeuvre en photo. Elle ne fait pas partie de l'expo "habiter l'art", mais elle aurait pu, elle est exposée dans l'espace de l'art concret. Rockenschaub en est l'auteur et elle a beau n'être constituée que de plexiglass jaune, elle irradie toute la pièce. Présentée ainsi, je trouve qu'elle amène à réfléchir sur les concepts de porte et d'ouverture ainsi que de source de lumière.
Merci de ton passage.

amel zmerli a dit…

Chère Claire je vouslais vous remercier de votre passage et vous dire que sur l'un de mes liens dans la catégorie : Philophile, "au-delà du regard", ce très beau site de Mathieu, mérite d'être parcouru, il y est aussi question de l'"Habiter", cela vous intéressera! Je salue votre très belle analyse sur le travail de W. Forsyte, il est des danseurs peintres et peintres qui dansent sur la toile... cela m'a beaucoup émue, d'autant que je n'ai pas couru, ne sachant jusqu'à quel point l'émotion pouvait me submerger...
Bien à vous,
Amel sur le toit

Anonyme a dit…
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