jeudi 20 avril 2006

Tino Seghal

Matter Grey curaté par Joseph Kosuth
Galerie Almine Rech
Du 25 février au 22 avril 2006


Si vous avez déjà lu ce que j’écris ou si vous me connaissez, vous savez que je suis du genre à poser des questions, à aller voir la dame dans la galerie (oui, c’est souvent une dame) si je n’ai pas saisi le sens de l’œuvre, surtout si c’est de l’art contemporain, vous savez que si c’est de l’art moderne, je vais peut-être me la péter à étaler ce que je sais, si on est avant le XX ou le XIX, je ferai juste semblant. Oui, ça vous le savez.

Bon là, à l’expo Matter Grey chez Almine Rech, j’allais encore poser une question. Alors je m’avance vers la dame, je m’aperçois qu’elle n’est plus à la même place qu’à mon arrivée, elle n’est plus cachée derrière son « guichet » ou « banque d’accueil », non, elle est debout et lit le communiqué de presse sur ce guichet.
« Excusez-moi », oui, je suis polie. Bon, elle ne se retourne pas, génial, et là, elle porte une main à ses lèvres et tombe à la renverse. J’ai un moment de panique, pas vraiment de réflexe, mais je suis très proche, j’aurai pu la rattraper. Sur le coup je prends ça comme un signe : arrêter de poser des questions.
Mais elle se met à parler, enfin non, elle geint plutôt. Et ce qu’elle dit, ça ressemble au communiqué de presse de l’expo. Bon, là je comprends, j’ai moins chaud, je peux reprendre mon air inspiré. Genre je médite sur ce qu’elle dit. Une performance pour moi toute seule, je pourrai peut-être lui marcher dessus, voir ce que ça fait…

Ce n’est pas bien long. Quand elle a fini, elle se relève et dit « Tino Seghal » et puis autre chose que je n’ai pas retenu qui devait être le titre de l’œuvre/ performance mais qui n’apparaît pas dans le communiqué de presse. Là, je lui montre bien que j’ai compris, histoire de compenser avec ma surprise du début.
Elle essaye quand même de me renseigner mais elle ne travaille pas ici.
Mais alors, c’est elle Tino Seghal ? Un artiste qui serait à la galerie tout le temps de l’exposition ? Non, Tino Seghal est un homme, c’est à lui que Joseph Kosuth a commandé cette performance. J’ai appris ça en retournant chez moi et en faisant quelques recherches, je n’ai donc pas pu approfondir ça pendant ma visite. Ici, vous trouverez un texte en anglais très intéressant sur Tino Seghal.

C’est la première fois que j’ai droit à une pseudo-performance pour moi toute seule. C’est comme un baptême. Mais je me pose tout un tas de questions. Est-ce que c’est le même scénario à chaque fois, le même texte, est-ce qu’elle tombe forcément dans les pommes ?
Est-ce que c'est courant de demander à quelqu'un d'autre d'effectuer sa performance? Est-ce que c'est toujours la même jeune fille?
J’ai compris maintenant qu’elle attendait que je retourne vers elle pour commencer, le passage au guichet (même pour les gens qui ne posent pas de questions) est plus ou moins obligé ne serait-ce que pour feuilleter les livres.
Ce n’est donc pas un show autour duquel viennent s’agglutiner les visiteurs, c’est une action qui va vers le visiteur qui le surprend et le désoriente, qui change forcément selon la réceptivité du visiteur.
Ce n’est pas que visuel, c’est physique parce qu’il y a promiscuité du fait de l’espace plus restreint de la galerie (d’autant plus que je n’étais qu’à une vingtaine de centimètres d’elle quand elle s’est écroulée). J’ai eu des réponses à mes questions en en discutant avec une autre personne ayant visité l’expo séparément, mais je vous les dirai pas.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Hello Claire,

Rien à voir avec l'expo ici présentée mais juste pour te dire que je passais près du canal et que l'exposition sur jean-claude Gautrand est encore visite à la galerie philippe chaume

http://www.blogculturel.com/article-2416187.html

see you et bonne ballade

Anonyme a dit…

Hello Claire,

Il est très bon ton blog ! C'est toujours avec plaisir que j'y reviens régulièrement depuis mi-mars. J'adore ton esprit curieux ! Bonne poursuite, en ce moment, j'ai bien besoin de lecture...

J-David

claire a dit…

Alors, il n'y a qu'haz'art qui ait vécu cette même performance? Bizarre d'avoir vécu un moment si intime avec cette jeune fille et de se rendre compte que d'autres l'ont également vécu, c'est vraiment une autre idée de la performance.

Herwann: merci j'essaierai de passer chez philippe chaume

Paddy : merci, merci! J'ai cru comprendre que ce n'était pas la grande forme. Je n'ai malheureusement rien qui ait vraiment retenu mon attention ces derniers jours, j'ai décidé de ne pas écrire sur tout ce que je lisais ou visitais, histoire de rester spontanée

Anonyme a dit…

Pour la performance, j'ai eu l'occasion de la voir le jour du vernissage. Malheureusement avec le monde présent, l'effet était un peu gâché. Je n'ai simplement vu qu'un homme se porter à son secours ; quand il a vite compris que c'était une performance il était très confus...

J'ai un peu la même vision que toi sur l'écriture. Je n'écris sur mon blog que sur des rencontres ou des expositions qui m'ont marqué.

claire a dit…

paddy : Pour une fois qu'une oeuvre est mieux présentée pendant l'expo que le soir du vernissage! Ah, pour une fois je ne suis pas jalouse, oui parce que souvent quand je pose des questions dans une galerie, la dame (oui, encore elle) me dit "oh, oui, cette oeuvre, oh vous auriez vraiment du la voir le soir du vernissage, l'artiste..." et je vis l'oeuvre un peu par procuration.
Je reste séduite par cette performance, même en me l'expliquant mieux, en me documentant, ça n'altère pas le sentiment que j'ai eu, même si c'est surtout du à l'exclusivité.

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…

Tino Seghal est un artiste dont l'oeuvre consiste principalement en cela: organiser des performances dans les espaces d'exposition. Genre tu visites une expo dans un musée et tout d'un coup ceux que tu croyais être des gardiens se mettent à danser en chantant "contemporary art". C'est toujours surprenant, souvent doté d'humour et plutôt intelligent. Je pense que c'est vraiment intéressant d'inclure une personne/performance comme oeuvre d'art dans une exposition; à la Triennale de la Tate le poly avec les descriptifs des oeuvres disait salle 20, Tino Seghal, puis le titre; on allait dans la salle 20, on cherchait l'oeuvre contemporaine alors qu'il n'y avait que des tableaux 18ème et puis tout d'un coup la jeune fille avec badge "Tate" se mettait à faire des trucs bizarres. Je pense vraiment que c'est un artiste à suivre, on voit d'ailleurs de plus en plus d'oeuvres de lui (malheureusement une fois qu'on connaît on s'y attend un peu), il avait une très bonne pièce à la Biennale de Venise.

claire a dit…

Judith S. :

Merci pour ces infos. Avec le recul, c'est vrai que je me demande quel impact peut avoir ses performances dans le temps et si elles ne sont pas si surprenantes parce qu'elles nous semblent encore exclusives.Pourrait-on se lasser de Tino Seghal?